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One Health : Une approche scientifique essentielle pour repenser notre santé globale

7 mars 2026
One Health : Une approche scientifique essentielle pour repenser notre santé globale
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La pandémie de Covid-19 a révélé l’urgence de repenser notre approche de la santé. Aujourd'hui, l'approche « One Health », qui relie la santé humaine, animale et environnementale, s'est imposée dans les discours, mais fait parfois l'objet de confusion, voire de détournements. Bien mise en œuvre, elle constitue pourtant une conception éprouvée pour renforcer la prévention sanitaire mondiale.

Des défis de santé mondiaux interconnectés

Les crises actuelles, telles que les pandémies, la résistance antimicrobienne, les maladies vectorielles, l'effondrement de la biodiversité, la dégradation des sols et les crises alimentaires, témoignent de l'interdépendance entre la santé humaine, animale et environnementale. Face à ces crises, le concept « One Health » est devenu central pour analyser et répondre efficacement aux enjeux contemporains.

Origines et principes fondateurs

Les bases fondatrices du concept « One Health » ont été posées par les principes de Manhattan, formulés en 2004 lors de la conférence « One World, One Health » organisée par la Wildlife Conservation Society. Ces principes reconnaissent l’interdépendance étroite entre la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes, et appellent à une approche intégrée pour prévenir les crises sanitaires, environnementales et sociales.

Rethinking Production and Governance

Cette vision va au-delà de la simple gestion des risques sanitaires et invite à repenser les modes de production, de consommation et de gouvernance. L'enjeu est de préserver durablement les socioécosystèmes et les communautés qui en dépendent.

Une mise en œuvre encore floue

Malgré l'intérêt croissant pour le concept « One Health », son utilisation en recherche et ses applications restent floues et souvent mal comprises. Trop souvent, il est réduit à un slogan politique ou à une gestion biomédicale des zoonoses, sans prendre en compte l’interdépendance des facteurs écologiques, sociaux et économiques qui conditionnent la santé globale et la dynamique des crises sanitaires.

Initiatives scientifiques pour une approche concrète

Depuis plus de vingt ans, des initiatives portées par la science se développent pour mettre en œuvre de manière concrète l’approche « One Health ». Au Cirad, des travaux sur les maladies animales émergentes, les interfaces faune-élevage-humains et les systèmes agricoles tropicaux ont révélé, dès les années 2000, les liens étroits entre santé, biodiversité et usages des territoires.

La coalition PREZODE pour la prévention

En 2021, une coalition internationale portée par la recherche, baptisée PREZODE, a été créée pour mener des opérations de prévention basées sur l’approche One Health. Elle intervient en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes pour comprendre, réduire et détecter tôt les risques en santé et éviter les épidémies.

Exemples de projets efficaces

  • En Guinée : Observation des pratiques agricoles intensives affectant la ressource forestière et favorisant l’intensification des contacts humains-faune, ce qui augmente le risque de transmission de maladies zoonotiques.
  • À Madagascar : Développement d'une méthode de surveillance intégrée des risques sanitaires, combinant données vétérinaires, humaines et environnementales.
  • Au Gabon : Mise en place d’un système de surveillance communautaire pour détecter rapidement les événements sanitaires suspects, en partenariat avec le CIRMF.
  • En Asie du Sud-Est : Actions s'inscrivant dans une approche agroécologique visant à améliorer la résilience des systèmes alimentaires locaux.

Les défis persistants et les perspectives d'avenir

Malgré ces avancées, de nombreux obstacles demeurent. La fragmentation institutionnelle reste l'un des plus grands défis, les secteurs de la santé, de l'agriculture et de l'environnement ne communiquant pas suffisamment, ce qui freine l'instauration d’une gouvernance efficace. De plus, les projets One Health sont souvent financés à court terme, ce qui entretient le flou autour du concept.

Un besoin de données et de collaboration

Les acteurs de terrain soulignent l'importance d'un accès rapide à des données locales et nationales pour renforcer la surveillance et la prévention des maladies zoonotiques. Il est essentiel de mobiliser des infrastructures de données solides et partagées entre les secteurs concernés pour développer des outils de modélisation prédictive.

Vers un One Health plus intégré

Il est primordial de clarifier les fondements et les modalités d'application du One Health. L'Atlas One Health vise à articuler cette approche autour de la santé humaine, animale et des écosystèmes, tout en intégrant les dynamiques sociales, la gouvernance et les systèmes alimentaires.

Un engagement politique nécessaire

La prévention doit être considérée comme un investissement stratégique, et non comme un coût. Les approches préventives, bien que moins spectaculaires, sont plus rentables et engendrent des co-bénéfices significatifs, tels que l'adaptation au changement climatique et la protection de la biodiversité.

Conclusion

Anticiper les crises exige de repenser nos systèmes de manière fondamentale. Une approche « One Health » transformante nécessitera un engagement politique durable et une collaboration internationale pour intégrer les dimensions sociales et écologiques dans la gestion des risques sanitaires. Cette démarche est déjà en cours et sera mise en avant lors du Sommet One Health, prévu à Lyon le 7 avril 2026 sous la présidence française du G7.

Marisa Peyre, responsable adjointe de l'unité de recherche ASTRE, épidémiologiste, Cirad et François Roger, directeur régional Asie du Sud-Est, vétérinaire et épidémiologiste, Cirad.

Source : Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.