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La Science en Question : Réflexions et Critiques d'Yves Gingras

4 mars 2026
La Science en Question : Réflexions et Critiques d'Yves Gingras
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« Vive la science », clame Yves Gingras, soulignant la nécessité d'une critique éclairée de cette discipline fondamentale. En toute honnêteté, je dois admettre que ma connaissance des sciences naturelles est limitée. J’ai réussi mes cours au secondaire, mais, hormis la biologie, aucune autre matière ne m’a vraiment passionné.

En y réfléchissant, j’en ai conclu que cela était dû à la façon dont ces cours étaient présentés : froidement, sans contexte historique ni social. Mon intérêt se portait sur l’humanité, alors qu’on m’apprenait à jongler avec des équations. Par exemple, je n’ai jamais entendu parler du Big Bang durant mes cours de physique. Ces enseignements semblaient plus destinés à sélectionner les élèves qu’à nous faire apprécier et comprendre la réalité qui nous entoure.

La Lecture Comme Échappatoire

Je me suis tourné vers la lecture. C’est cette passion, totalement absente des cours de sciences au secondaire et même au collégial, qui m’a permis de développer un intérêt pour les sciences. L’histoire, la sociologie, la psychologie, l’économie et la philosophie m’ont captivé. Au fil de mes lectures en sciences humaines et sociales, j’ai souvent ressenti que mes lacunes en sciences naturelles me privaient d’une compréhension plus globale du monde.

Dans La passion du réel (Liber, 1998), Laurent-Michel Vacher affirmait que des connaissances scientifiques de base étaient indispensables pour pratiquer la philosophie sérieusement. J'ai été convaincu par cette idée. J’ai pris plaisir à lire Darwin, Stephen Jay Gould, Alan-F. Chalmers et Hubert Reeves. J'ai particulièrement aimé Les héritiers de Prométhée (PUL, 1998), où l’astrophysicien Jean-René Roy explorait « la profonde transformation de la nature et de l’homme qu’a apportée la science », ainsi que ses implications sociales et morales.

Le Rôle d’Yves Gingras

Et j’ai découvert Yves Gingras. Ancien étudiant en physique, devenu historien et sociologue des sciences, Gingras est un vrai savant, tant en sciences naturelles qu'en sciences humaines, et il sait écrire. Il maîtrise l’art de la communication, qu’elle soit brève ou développée, pimente ses textes d'un soupçon de polémique et éclaire sans ennuyer.

En 2008, lors de la parution de Parlons sciences (Boréal), un livre d’entretiens avec Yanick Villedieu, je l’ai qualifié de « monsieur Science » du Québec. Cette appellation reste d’actualité. Dans son dernier ouvrage, Les sciences sous ma loupe (Boréal, 2026, 344 pages), Gingras a rassemblé 70 chroniques, principalement parues dans la revue française Pour la science.

Une Critique de la Science

Il précise que ces textes ne sont pas des vulgarisations scientifiques, destinées à simplifier des contenus complexes, mais des « critiques de science », similaires à la critique littéraire. Plus précisément, ce sont des « analyses qui visent non seulement à mieux comprendre comment les scientifiques établissent des connaissances robustes, mais aussi à évaluer leurs limites ». Gingras valorise la science, mais, en adoptant des perspectives historiques, sociologiques, conceptuelles, économiques et politiques, il plaide pour un « sain scepticisme » face à certaines pratiques scientifiques.

Pour lui, la science est cette activité qui vise à expliquer les phénomènes par des causes naturelles. La connaissance qui en découle est une « croyance vraie et justifiée », selon les mots de Platon, c’est-à-dire validée par des méthodes reconnues et accessibles à tous, sans distinctions de sexe ou d’origine ethnique. « Les sciences, souligne Gingras, visent l’universalité. » Ainsi, il n’est pas pertinent de parler d’une science occidentale, autochtone ou décolonisée. La science ne peut être que vraie ou fausse, utile ou inutile, tout simplement.

Les Défis de la Science Moderne

Dans cette même logique, la science ne doit pas se plier au « respect des croyances ». Galilée aurait-il dû se taire après avoir prouvé que la Terre tourne autour du Soleil ? Devrions-nous cesser d’enseigner la théorie de l’évolution parce qu’elle « blesse » certaines convictions religieuses ? Accepter cela reviendrait à tuer la science.

Gingras cite des enquêtes qui montrent que « plus la croyance et la pratique religieuse s’accroissent, moins la connaissance des faits scientifiques et la confiance envers la science sont importantes ». Ne pas être religieux ne fait pas de nous des scientifiques, mais être profondément religieux semble constituer un obstacle à cette vocation. Pourtant, les scientifiques ne sont pas toujours exempts de reproches. Gingras les prend parfois en flagrant délit de négliger les données probantes lorsque leurs intérêts sont en jeu, montre les angles morts des revues savantes et conteste vigoureusement les classements des universités.

Une Nécessité de Critique

« Vive la science », répète Gingras à chaque page, et sa critique éclairée, tout aussi nécessaire, car la science est toujours une activité humaine. Cette réflexion s’inscrit dans notre section Opinion, qui promeut une pluralité de voix et d’idées. En tant que chronique, elle reflète les valeurs et la position de son auteur, et non nécessairement celles du Devoir.