L'intelligence artificielle : un atout ou une menace pour la recherche sur les civilisations extraterrestres ?

Franck Marchis, astronome et planétologue franco-américain à l'Institut Seti, partage son expertise sur les promesses et les dangers que représente l'intelligence artificielle (IA) pour le domaine scientifique. Dans un article publié sur le site de l'Institut, qu'il a bien voulu nous permettre de traduire, Marchis met en lumière des problématiques cruciales concernant l'IA et la recherche scientifique.
Un monde à la croisée des chemins
Au début du XXIe siècle, les visions futuristes d'Arthur Clarke et d'Isaac Asimov semblent devenir réalité. Bien que nous ne soyons pas encore confrontés à des entités comme Hal 9000 ou à des robots positroniques, certaines technologies peuvent donner l'illusion d'une avancée significative, même si cela est temporaire. Toutefois, les dérives des réseaux sociaux et de l'IA inquiètent, car elles peuvent engendrer de la désinformation, y compris dans le domaine scientifique.
Les défis de la désinformation
Marchis aborde une question cruciale : comment se défendre contre des images réalistes qui pourraient tromper l'opinion publique, comme celles d'une comète interstellaire qui pourrait être perçue comme une sonde extraterrestre ? Ces interrogations sont d'autant plus pertinentes dans un contexte où l'IA peut produire des images et des données si convaincantes qu'elles brouillent la frontière entre réalité et fabrication.
Un héritage de scepticisme
Les pionniers de la recherche sur les civilisations extraterrestres, tels que Carl Sagan, Frank Drake, et d'autres, ne peuvent plus contribuer à ces réflexions. Cependant, Marchis, reconnu pour ses contributions exceptionnelles, a été nommé membre de l'Académie des sciences de Californie (Cal Academy) en 2023, rejoignant d'autres scientifiques éminents de l'Institut Seti.
Une inquiétude grandissante
En 2022, une découverte alarmante a révélé qu'un article phare de 2006 sur la maladie d'Alzheimer contenait des données manipulées, compromettant des années de recherche. Cette situation souligne l'importance d'une intégrité des données irréprochable. La science ne s'effondre pas simplement sur des théories contestées, mais bien lorsque les preuves sont altérées. L'objectivité doit primer sur les biais personnels, et les conclusions doivent être fondées sur des données fiables.
La montée des données synthétiques
Les systèmes d'IA génèrent désormais des images, des signaux et même des ensembles de données qui peuvent être indiscernables des données humaines. Cette capacité à créer des données synthétiques pose un risque majeur, car elle peut mener à la contamination des preuves scientifiques. Le véritable danger réside non pas dans la capacité de l'IA à remplacer les scientifiques, mais dans sa capacité à obscurcir la ligne entre l'observation et la fabrication.
Un futur préoccupant
Imaginez qu'une crise géopolitique émerge d'une image satellite, d'une anomalie radar, ou d'une vidéo d'un phénomène aérien non identifié (PAN) avant même d'avoir été vérifiée. Si l'origine de ces données ne peut être prouvée, la science ne glisse pas simplement vers l'erreur, elle plonge dans un océan de doutes. Dans un monde déjà divisé, ce doute se propage plus rapidement que les corrections.
Des enjeux cruciaux pour la recherche SETI
Les questions d'authenticité sont particulièrement pressantes pour le programme SETI. Le jour où un signal indiquant une intelligence extraterrestre sera détecté, la réaction immédiate sera probablement le scepticisme. Les interrogations sur l'éventuelle interférence, erreur instrumentale ou manipulation humaine seront inévitables. Et désormais, il faudra également se demander : est-ce une fabrication ? Si la traçabilité des données n'est pas assurée, le signal ne pourra pas résister à un examen approfondi.
SkyMapper : une solution innovante
C'est dans ce contexte que Franck Marchis a imaginé SkyMapper, un réseau distribué de télescopes et d'instruments accessibles via le Web3. Ce projet vise à garantir la vérifiabilité des observations, qu'elles proviennent de satellites ou de potentielles technosignatures. En intégrant la technologie blockchain, SkyMapper permet de sécuriser les données, en garantissant qu'elles n'ont pas été modifiées et qu'elles sont reliées à un instrument spécifique.
Conclusion
La science ne doit pas reposer uniquement sur la confiance, mais sur la vérifiabilité des données. La force de la science réside dans sa capacité à maintenir l'objectivité. En protégeant l'intégrité des données provenant des observations, nous pouvons garantir que la recherche scientifique, en particulier dans le domaine de la recherche sur les civilisations extraterrestres, reste crédible et pertinente.
© Franck Marchis, Seti Institute






